La mesure du don
fém.
Ce terme « mesure » a un caractère très fonctionnel, mais également une portée symbolique importante. Il s'agit de ne plus considérer la june (Ğ1) comme une monnaie au sens courant du terme, mais de considérer le DU de Ğ1 comme unité de mesure du don.
Une façon très factuelle de prendre la mesure du don ;-)
La mesure du don, de même que la notion de contre-don, n'est pas une négation du don — c'est une solution très élégante pour gérer les asymétries, éviter les ressentiments qui naissent tôt ou tard, car ces asymétries sont inévitables et permanentes.
La posture « je ne veux rien en retour », de facto, oblige l'autre. Elle peut même mettre dans l'embarras : celle qui reçoit ne sait pas quel est le protocole convenable. Ici, le don n'oblige pas. Le protocole est clair — il suffit de mesurer la valeur que j'attribue à ce don, mon degré de gratitude, avec le DU comme unité.
Pour bien saisir la portée de ce geste devenant structurant : je donne avant tout à mon économie, à mon bassin de vie. Si j'apprécie la personne en face, j'y mets une dimension plus affective. Mais si je ne l'apprécie pas, non seulement je peux quand même donner — mais c'est surtout désirable, car c'est mon économie, tout mon bassin de vie, que je sers.
Retournement sémantique
masc.
À compter du moment où l'on ne considère plus le DU comme une monnaie, et que l'on considère tout geste dans le sens du don, on peut naturellement changer de vocabulaire.
Je ne vends plus, je donne.
Ma production, mon temps. Je redonne aussitôt à « l'offre » un sens plein. C'est mon offre.
Je n'achète plus, je reçois.
Des biens, des services. Je ne crains plus une dépossession monétaire, je valorise la « joie de recevoir ».
Je ne paye plus, je mesure.
Je donne du poids, de la masse, des degrés — à la gratitude que je souhaite exprimer, que je souhaite maintenant imprimer dans un registre partagé distribué. En transférant un DU, j'investis sur un don, un geste que je souhaite voir se développer dans mon économie.
On ne négocie plus un prix, on ajuste une balance.On construit nos échelles de valeurs individuelles.
Et on les frotte à celles des autres. On construit par le même temps des échelles de valeurs collectives.
On cherche des équilibres, ensemble.
Bien sûr il y a des contextes où l'on n'a pas le temps de jouer à ce jeu des équilibres — par exemple lorsqu'il y a une notion de débit ou une queue. C'est simple : le don se situe en amont. Une buvette a fait ses estimations internes d'équilibre, elle trouve une valeur de référence pour le verre servi. Le don consiste à offrir toute la buvette elle-même. Rien ne m'empêche de gratifier davantage.
On relativise, autour de notre invariant, cadeau de la TRM, le DU.