La TRM – Théorie Relative de la monnaie
fém.
Si l'on veut comprendre la monnaie libre, il est utile de comprendre les principes et raisonnements de la TRM.
Page de Stéphane Laborde : https://trm.creationmonetaire.info/
Je ne parle pas des démonstrations mathématiques, heureusement pour le grand nombre. Mais les postulats, leur positionnement, les questionnements d'origine et la nature des réponses qu'ils apportent.
Cet essai est directement lié à ma lecture de cette théorie, elle y est présente partout. Je vous en restitue donc une partie pour que vous puissiez suivre ce livre sans avoir lu la TRM.
Flux monétaire et vie humaine
masc.
L'un des fondements de la TRM :
Corréler directement le flux monétaire au flux de la vie humaine.
L'image est belle et ce n'est pas qu'une image.
La création monétaire repose ici sur l'existence physique d'un individu. La monnaie que l'individu crée apparaît avec sa naissance dans son bassin éco. De la même façon, cette monnaie créée meurt avec lui, ou lorsqu'il décide de quitter la monnaie et son économie.
Une propriété mathématique conséquente de la TRM est la « convergence à la moyenne ». En ajoutant une quantité d'unités chaque jour (le DU quotidien), la même pour tout le monde, tous les créateurs monétaires tendent vers le même nombre de DUs. Si vous êtes en-dessous de la moyenne, le nombre de vos DUs augmente ; au-dessus, il diminue. De façon asymptotique, magique mathématique.
La réflexion immédiate qui vient à l'esprit concerne « L'inflation ». Il n'y a pas une mais deux familles d'inflation bien distinctes : une inflation économique (pénurie d'un produit ou de ce qui permet de le produire) et une inflation monétaire (surabondance de monnaie dans l'économie).
Du point de vue relativiste dans la monnaie libre, le nombre de DUs finit par atteindre un plafond asymptotique dès que N se stabilise. Dans le référentiel relativiste, il n'y a pas d'inflation monétaire possible.
Or c'est justement ce que fait précisément la monnaie libre. Il y a une création monétaire continue, corrélée aux flux de toutes les vies en cours, répartie également sur chaque personne. Dans le référentiel relativiste, il n'y a pas d'inflation monétaire possible.
Et si vous faites l'impasse sur les démonstrations, retenez simplement qu'en comptant en DUs, vous voyez que l'inflation ne peut plus être une question monétaire ; vous voyez que la quantité monétaire créée par un individu naît et meurt avec lui, telle une petite vague qui passe.
C'est – vraiment – beau.
Pointe une petite larme ? Loin d'être petite, l'arme.
Symétrie dans l'espace-temps
fém.
Personne en aucun lieu ni aucune époque ne peut créer de la monnaie au détriment de l'accès monétaire d'une autre personne, de tout lieu et de toute époque. Une belle interprétation d'un leitmotiv de John Locke, celui de la non nuisance.
Dans la recherche originelle de Stéphane Laborde, en bon ingénieur, il y avait en premier lieu la recherche d'une mesure invariante. Il pose l'économie en tant que champ en expansion, or la mesure de ce champ ne cesse de fluctuer. Est-il possible de trouver un étalon, une unité de mesure qui ait la même valeur pour toutes, une mesure universelle ?
Cela ne peut pas être le cas de l'or. Dans le champ de l'économie, les référentiels ce sont les gens, nous toutes. Il s'agit donc de trouver la même unité de mesure pour moi ou pour une Papoue de Nouvelle-Guinée, pour une Inuit du 41e siècle. Cet étalon universel ne peut être aucune des valeurs produites ou extraites par l'économie elle-même. Il ne peut donc s'agir que d'un nombre.
La seule valeur tangible, universelle, et seule valeur qu'on ne puisse pas totalement enlever d'une « zone économique » sans que cette économie s'éteigne immédiatement, c'est … la vie humaine.
Pour que le flux monétaire suive celui de notre vie, son taux de croissance doit être corrélé à la croissance de l'individu. D'où une formule logarithmique sur l'espérance de vie (ev=80), qui donne un taux de croissance proche de 10% annuel.
Bingo, c'est la naissance du Dividende Universel, le DU.
- Créer soi-même l'unité de mesure de l'économie et toutes nos valeurs, pour manipuler et partager un invariant.
- Créer soi-même sa part de monnaie, qui suit le flux de sa propre vie, égale à toute autre sur un principe de non-nuisance.
C'est la même chose, la même formule, la formule du DU !
Plutôt génial non ?
Formule du DUğ1 : DUt+1 = DUt + c² × (M/N)t / 182.625
5, 48 % / an ≤ c ≤ 9, 22 % / an, selon que l'on prenne ev ou ev/2 pour symétrie
Cela tombe bien : « ex perfecto nihil fit ». de la perfection rien ne naît – formule alchimiste
Relativité
masc.
Que peut m'inspirer une unité de mesure universelle relativiste pour estimer les valeurs ? Je peux mesurer toutes les valeurs de façon relative — relativement à la masse monétaire créée dans mon bassin éco, « M » ; et au nombre de personnes « N » qui créent cette monnaie. Estimer les valeurs par rapport à la moyenne « M/N » est un premier repère très intéressant.
Une observation terrain dévoile rapidement un biais de genèse : le gros décalage monétaire entre les personnes qui créent leur DU depuis plus de 8 ans et ceux qui viennent de commencer. C'est paradoxal, car la monnaie-libre fait la promesse d'une « égalité ». Mais c'est une égalité d'accès à la création monétaire, pas une égalité de richesse.
De plus, la richesse n'est pas monétaire ; on s'en rend compte dès que l'on quitte le référentiel de la monnaie-dette. Dans celui de la TRM, ce n'est plus la modalité de création monétaire elle-même qui crée les écarts. C'est dans les économies que nous créerons, par exemple une économie du don, que les écarts peuvent être réduits, sans commune mesure.
Ancienneté
fém.
Pour corriger ce biais de genèse dans les échanges eux-mêmes, on peut appliquer un coefficient relatif à l'ancienneté. Une simple formule qui baisse le « prix » pour les nouvelles créatrices et l'augmente pour les plus anciennes, avec un effet qui s'amenuise dans le temps.
J'ai commencé à produire un petit utilitaire pour manipuler facilement ce coefficient. Il suffit de renseigner une valeur de référence pour soi-même et un pourcentage de réduction pour une débutante. L'utilitaire donne alors la valeur relative pour toutes les anciennetés.
GrateWizard : https://pricewizard.vercel.app
Ce coefficient ne fait aucun jugement de valeur sur le comportement économique de l'une ou l'autre partie. C'est un correctif mathématique d'un biais de genèse mathématique, qui s'opère uniquement dans les échanges avec le consentement des parties.
Volume des offres
masc.
Une autre observation terrain : les offres sont réduites en variété et en volume. Pour un problème de volumes limités, on peut estimer les valeurs relativement aux quantités produites. Pratiquer une valeur de référence qui augmente avec le volume reçu — inversion de flux. Prendre trop de volume peut constituer une nuisance à l'autre menacé de pénurie ; on ne l'empêche pas, mais on le régule de façon organique. Cette inversion de flux est très symbolique.
Beaucoup déplorent les déséquilibres entre les personnes qui fournissent beaucoup et d'autres qui « se contentent de consommer ». Nous mettons immédiatement les pieds dans les jugements de valeur moraux. Mais si l'on est réaliste, on sait que c'est inévitable, donc voyons comment réduire ce recours.
Diversité des offres
fém.
Sur les personnes « qui ne font rien pour recevoir des DUs », j'évite de juger et je cherche des vecteurs d'attraction qui déclencheraient le mouvement.
Il peut s'agir initialement d'un produit ou d'un service dont tout le monde fait l'usage. Si mon économie fournit de la bière parce qu'elle aura trouvé le moyen de la produire, alors tout le monde pourra se dire « je peux attraper de la bière artisanale » avec des DUs. Disposer de telles valeurs dans un bassin de vie changerait la donne. Mais à nouveau cela commence par une production.
En attendant, on peut imaginer un coefficient relatif au solde. L'idée : soustraire le nombre de DUs créés de mon solde. S'il reste positif, c'est que j'ai reçu plus de DUs qu'il n'en valorise mes offres reçues ; j'ajuste donc le degré de gratitude en l'augmentant pour les soldes négatifs et en le diminuant pour les soldes positifs.
Coefficients relatifs à la moyenne monétaire, à l'ancienneté, progressifs au volume, relatifs au solde, à la pénibilité, … à tout ce qui vous semble juste. C'est ainsi qu'une économie peut remodeler nos échelles de valeur collectives.
Les vices de notre économie montrent à quel point il est illusoire de vouloir rectifier notre économie euro. Ces leçons donnent donc de bonnes raisons de vouloir en créer une autre. La question n'est pas tant pourquoi se mobiliser, elle est davantage :
« qui va le faire ? »
Échelles de valeurs
masc.
La question n'est pas tant de considérer un principe puis de dire qu'on y tient beaucoup. Il s'agit davantage, dans un contexte vécu, de positionner ce qui passe devant.
Dès que l'on compte en euros, on navigue dans des chiffres et des ordres de grandeur qui ne nous appartiennent pas. Si l'on trouve qu'un produit est trop cher, c'est évidemment dans une lecture des prix du marché, et non de la valeur que le produit devrait avoir par rapport aux autres, au travail qu'il représente, ni même souvent au besoin que j'en ai.
L'exercice de construire nos propres échelles de valeurs peut paraître difficile, mais il peut devenir amusant. Naturellement nous sommes tous paumés dès que l'on ne compte plus en euros, parce que l'on perd notre référentiel collectif. Mais c'est justement cela qui nous permet de les reconstruire, cette fois-ci de façon totalement décentralisée, sur chaque bassin de vie.
C'est en cela que le DU devient une sorte de condition car c'est notre invariant. Il aura toujours la même valeur relative pour tout le monde. Il nous permet d'avoir un référentiel commun tout en naviguant dans des milliards d'échelles de valeurs différentes.
Chercher à constituer une seule communauté est une illusion, c'est même selon moi une grosse erreur stratégique. Au contraire, il me semble plus fertile de multiplier les groupes locaux par affinité et proximité, de créer donc « recruter » des équipes ; puis entretenir des relations avec ses groupes voisins et d'autres plus lointains, cultiver des protocoles.
Dès que j'affecte un DU, je signifie une valeur aussi simple soit-elle, cela devient un geste d'investissement, je construis une économie.
Convergence à la moyenne
fém.
Imaginez 2 personnes, l'une avec 1.000, l'autre avec 9.000. L'écart est énorme. En ajoutant 1.000 aux deux, ça donne 2.000 et 10.000. L'autre n'a plus que 5 fois plus. Vous recommencez ; l'écart tombe à facteur 3 (4k contre 12k) ; 4 coups plus tard, l'autre n'a plus que 2 fois plus (8k contre 16k). Ainsi de suite, elles finissent par se rejoindre à la moyenne.
Pas besoin de déshabiller Jacques pour habiller Paul, pas besoin de prélever les uns pour établir des équilibres avec les autres. Plutôt bouleversant par rapport à nos schémas quantitatifs de redistribution monétaire, non ?
Lorsque le nombre de créateurs monétaires sera stable, tout le monde tendra vers une moyenne qui oscille entre 3.742 et 3.925 DUs. Au jour où j'écris ces lignes, la moyenne est à moins de 1.300 DUs.
En contrepartie, j'ai la garantie de ne jamais totalement manquer dans la durée. Dans les passes difficiles, je sais pouvoir compter sur une ressource mutualisée par mon économie, car mon DU me permet de valoriser quelques dons reçus. Un petit espace vital sécurisé, pour peu que cette économie soit suffisamment développée.
Commun monétaire
masc.
Considérer notre création monétaire comme un commun donne une bonne résonance au terme Dividende Universel, car il suggère le fait d'être tous co-propriétaires à part égale relative du capital monétaire de notre bassin de vie.
Faire des petites projections, mettre un peu de chiffres sur son bassin de vie, est très éclairant. Dans le mien par exemple, un premier jalon repère à 1.024 créateurs monétaires pour une population de 61.444 personnes donnerait un capital commun monétaire de près de 4 millions de DUs. Que pourrait-il couvrir, quelle économie peut-il alimenter ?
Aujourd'hui nous sommes approximativement 150, avec une moyenne au doigt mouillé de 800 DUs dans la vallée, soit 120.000 DUs. Par quoi on commence ?