masc.
L'enjeu numérique est tout aussi important que celui de l'économie. Avec l'avènement des ia et le potentiel déferlement des robots domestiques que 2026 semble annoncer, la question de la vie numérique va s'imposer comme cruciale. En outre, notre aventure monnaie-libriste est issue de cette dimension nécessairement logicielle. La june évolue au croisement de deux grandes constellations qui se superposent en partie, les cryptos et le logiciel libre.
Les cryptos
fém.
Je commence avec un chapitre sur les cryptos, puisque techniquement, la june en est une. Nous allons voir en contrepartie à quel point elle est un ovni et n'est comparable en quasiment rien avec les autres.
La June est une crypto
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Si l'on considère la définition d'une crypto selon qu'elle repose sur l'usage de clés cryptographiques, un protocole de consensus et un registre distribué ; et qu'elle produit et manipule une unité numérique échangeable ; alors oui, la june répond à toutes ces définitions. La june est une crypto complète, qui dispose et déploie son propre réseau monétique, les nœuds que nous appelons « forges ».
Introduction sur un DeX vs. CeX
fém.
Une petite partie de junistes n'attend que l'introduction de la june sur un marché (DeX). Une autre partie redoute ce moment, car l'absence totale de relation structurée entre la june et toute autre devise suffit en elle-même à la distinguer.
En ce qui me concerne, ma réserve porte sur les lois cinétiques. D'un côté, je proposais la mise en œuvre d'une économie : longue durée, rythme lent, progressif, itératif. De l'autre côté, les marchés cryptos sont un jeu de prédation monétaire, aux volumes considérables et aux vitesses vertigineuses.
« oui bien sûr bravo c'est super ce que vous faites, tu me tiendras au jus, et bonne chance hein. Moi j'ai une nouvelle idée pour faire 100€ par semaine avec un bot sur le ĞeX, je vais essayer ça ce we. »
Si deux flux dynamiques rentrent en contact direct, le jeu addictif de la spéculation monétaire l'emporte et finit par siphonner tout effort de création économique.
Ma position serait de créer une seconde monnaie TRM, dédiée à cette introduction sur un DeX — une sorte de « sas » symbolique et technique. Si cette devise sur les marchés monte en flèche sur un quiproquo ou s'écroule à zéro, peu importe : la june peut continuer son petit bonhomme de chemin, tranquillement, sans se soucier de l'autre. Du point de vue des amateurs des cryptos, régler les variables de ce fork — la F1, fork one — de façon plus appropriée aux marchés serait passionnant : espérance de vie courte, taux de croissance plus élevé, actualisation du DU quotidienne, …
Question du « bankrun »
masc.
Si l'on craint l'emprise bancaire sur nos comptes, les cryptos sont-elles réellement une réponse ? J'ai commencé mon exploration avec un « investissement » de 16k€ selon une stratégie baptisée « bankrun de l'ignorant ». Je répartis 50-50 à tous les endroits où il y a polarité : 50 % stable coins, 50 % cryptos ; puis les stables moitié dollar, moitié euro. Dans les cryptos, j'ai du bitcoin — mais « wrapé » sur le réseau solana, le réseau qui me semble le plus éloigné dans sa conception du bitcoin.
Attention, il ne s'agit en rien d'une recommandation. C'est un dispositif de recherche, une expérience de laboratoire, dont je livrerai les résultats.
Je suis également passé par la case Nastasia Hadjadji et son enquête « no crypto ». Elle dresse un tableau sans concession et dénonce les fondements structurels et les dérives comportementales. La crypto est devenue une légende, un récit écrit pour des esprits libertaires. La promesse de décentralisation n'est plus tenue : 80 % du minage actuel des bitcoins sont dans les mains de 5 entreprises. Toute la structure financière peut être qualifiée de « ponzinomics » — un circuit fermé qui consomme de l'énergie, des technos de pointe et des dollars, sans rien produire en sortie. Pour finir, les arguments sur la folie que représente cette industrie produisant des nombres, vis-à-vis de l'extraction de matière et de consommation d'énergie, sont valables. Il faut reconnaître que nous sommes en plein scénario « Shadok ».
Réseau monétique
fém.
D'autres cryptos, comme solana ou polkadot, se distinguent grandement du bitcoin car ils ont davantage été conçus pour la décentralisation.
entracte publicitaire : notons au passage que la june est de loin la championne dans ce registre, car elle va jusqu'à donner un handicap aux machines les plus performantes ; et elle prend le raspberry pi comme référence pour servir un nœud.
Notre blockchain ne repose sur aucun calcul de rétribution dans la devise. C'est le seul écosystème de la famille des cryptos, dont les « forgerons » ne sont rétribués que par une caisse de dons.
Je suis maintenant surtout intéressé par les possibilités d'exploiter un réseau monétique dont on puisse maîtriser les nœuds à petite échelle. Cette expérience m'a permis de réaliser à quel point il est précieux pour la june d'avoir fait le choix de déployer son propre réseau, indépendant de tout autre modèle de création de devises — exempte d'interférence extérieure.
Quant au bankrun, la volatilité des cours est telle qu'un « placement épargne » dont on ne veut pas se préoccuper tous les jours dépend totalement d'acquisitions aux moments des planchers les plus bas. Il faut avoir de la patience et une extrême prudence sur ses attentes.
Comme je ne pouvais décemment pas terminer un livre baptisé « économie du don » sur le chapitre des cryptos, je finirai sur un chapitre définitivement plus noble et fertile, j'ai bien sûr nommé … le libre.
Le logiciel libre
masc.
Notre aventure de la monnaie libre s'inscrit dans la lignée directe du logiciel libre. Duniter est naturellement sous licence AGPL. Il est important de mesurer ce qui se joue à l'endroit de linux et du logiciel libre : c'est finalement le domaine où l'émancipation a le plus trouvé les modalités et les outils pour exister et se développer, au point que le monde non libre en dépende partiellement. Un affranchissement radical des « gafam », dont il est très fructueux de s'inspirer pour d'autres domaines.
L'époque où il fallait être geek pour utiliser linux est révolue. Les interfaces n'ont plus rien à envier aux deux autres systèmes, les stores et les applis sont au même niveau. Je trouve LibreOffice de meilleure qualité que la suite du leader mondial. C'est seulement la migration de toutes ses données et de ses usages qui reste un peu laborieuse.
Pour tout développeur, ce petit écosystème est une aubaine et un laboratoire. La communauté est très ouverte, transparente sur le git et le forum duniter. Cette blockchain hybride qui héberge une création monétaire et une toile de confiance, prête pour une migration symbolique le 8 mars 2026 (dans le framework rust Substrate), est unique en son genre et vaut le détour.
Les financements euros de cette constellation reposent essentiellement sur les dons des usagers et quelques subventions. L'association Axiom Team s'est mise au service de ce financement pour les devs, en opérant une rupture avec le cheminement de type fédération : elle met en œuvre des tableaux de bord pour permettre un fléchage des donateurs et suivre les affectations de chaque don.
J'aimerais également rendre hommage à toutes les personnes totalement réfractaires au numérique. Je n'ai pas une bonne nouvelle pour elles, le phénomène va s'amplifier. Je ne peux qu'appeler de mes vœux que les groupes locaux prennent ce problème à bras le corps et rendent possible une vie numérique sans aucun contact avec l'écran — au moins pouvoir vivre la monnaie libre ;-).
De même que pour le numérique, on peut comprendre toutes les résistances à un tel retournement des pratiques. Les craintes d'une dépendance au groupe, d'un contrôle social, d'un attachement idéologique à la propriété individuelle, sont toutes légitimes. Mais à nouveau, le propos est de pouvoir choisir son économie, pouvoir passer de l'une à l'autre, que chacun puisse mettre son curseur selon l'humeur. Le propos est de rendre possible.
Pensez à transmettre le livre si vous l'avez dans les mains. Les livres sont faits pour circuler, comme la monnaie ;-)
Merci à toutes et tous pour la lecture, notamment les huit âmes charitables qui ont bien voulu contribuer à la relecture.
Je prévois de continuer la réflexion, de façon plus collective, sur le domaine librodrome.org. Vous êtes les bienvenus pour y contribuer.
Acronymes
CC-BY-NC : Licence Creative Commons – Attribution, Pas d'Utilisation Commerciale.
AGPL : Affero General Public License, licence libre (utilisée par Duniter).
TRM : Théorie Relative de la Monnaie, par Stéphane Laborde.
DU : Dividende Universel (unité de création monétaire d'une monnaie libre, selon la TRM ; unité relative pour estimer les valeurs).
Ğ1 : Unité de compte quantitative de la première monnaie libre, la « June ».
DUĞ1 : Dividende Universel de Ğ1 (forme précise, avec symbole Ğ1).
SEL : Systèmes d'Échanges Locaux.
JEU : Jardin d'Échange Universel.
ESS : Économie sociale et solidaire.
DeX : Decentralized Exchange (plateforme d'échange décentralisée).
CeX : Centralized Exchange (plateforme d'échange centralisée).
GPU : Graphics Processing Unit (processeur graphique, utilisé pour les calculs de crypto et ia, progressivement remplacé).
TTC : Toutes Taxes Comprises.
DAC8 : Directive européenne sur la coopération administrative (échange d'informations sur les crypto-actifs).
EHPAD : Établissement d'Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes.
ZAC : Zone d'Aménagement Concerté.
Néologismes, anglicismes ou expressions spécialisées
Monnaie libre : désigne la monnaie basée sur la TRM (Ğ1 / June), dont le Dividende Universel, le DU, est la seule et unique modalité de création des unités monétaires.
Monnaie-libristes / monnaie-libriste : personnes qui utilisent la monnaie libre (pour l'instant il n'y en a qu'une ;-).
Économie du don : ici, modèle économique structuré autour du don (avec mesure en DU). C'est l'objet du livre.
Économie monnaie-libriste : économie dont l'infrastructure monétaire est la monnaie libre (Ğ1/June).
Monnaie-dette : terme qui désigne les monnaies créées par crédit bancaire. Elles sont obligatoires pour payer l'impôt dans la quasi-totalité des pays du monde.
Monnaie fiat : monnaie étatique ou bancaire, sans contrepartie matérielle, imposée par la loi dans le sens où un paiement par la monnaie fiat ne peut pas être refusé par un vendeur. Les fiat sont toutes des monnaies-dettes.
Économie fiat : économie structurée autour d'une monnaie fiat.
Librodrome : nom de code d'un événement en gestation, accompagné d'une plateforme coopérative de productions collectives.
« Passer la seconde » (image) : métaphore récurrente pour désigner le passage d'une production individuelle à une production collective.
Bassin de vie / bassin économique : unité territoriale et sociale de référence pour penser l'économie locale.
Économie de greffe : métaphore pour une économie qui se greffe sur l'existant sans le remplacer.
Économie de flux – inversés : lecture vectorielle de l'économie, en termes de fluides en mouvement ; suggestion clé de chercher à inverser le sens, la flèche, des vecteurs.
Économie du bénévolat / économie domestique (comme catégories) : usages spécialisés, mais déjà largement employés dans les sciences sociales.
Framework : cadre conceptuel et pratique de travail, un environnement de travail, interfaces, outils, langages et protocoles.
Open source / en open source : modèle de transparence et d'ouverture appliqué ici à l'économie / aux règles du jeu.
Pseudo-isolées / communautés pseudo-isolées : terme emprunté à la socio/économie, revalorisé ici en tant qu'échelle peut-être appropriée ou désirable.
Boîte à gratitudes : dispositif ludique de tirage au sort pour rétribuer les tâches (expérience « made in zion »).
Gamifier : francisation de to gamify, transformer une pratique en jeu.
Économie du don / mesure du don : distinction fine entre ladite « monnaie du don » et « DU comme mesure du don ».
Mesure (pour « monnaie ») : proposition de rebaptiser la monnaie en « mesure » dans ce modèle.
Eco si nuestra : communauté espagnole qui « passe la seconde » en ajoutant des règles légiférées de fonctionnement.
Made in zion : nom d'une expérience communautaire en forêt.
Mocica : nom d'un projet de société sans monnaie / de gratuité généralisée.
Ğmarchés : nom donné à des marchés utilisant la Ğ1. Petite variété dans les formes et les usages de ces marchés, selon la culture et l'humeur des groupes locaux qui les animent.